PORTRAIT DE FORESTIER #2 Julien Fournier

Le 07/08/2020

La génération Y n’a pas oublié ses racines !
 
À l’âge de 19 ans, Julien Fournier achète sa première parcelle de bois. Quinze ans plus tard, son patrimoine approche les 20 hectares. Il y a cinq ans, ce jeune bourguignon a fait de sa passion pour la nature son métier en devenant gestionnaire de forêts.

 

Il peut sembler incongru, dans une société où le virtuel et le superficiel ont converti les masses, que les choses puissent encore s’accomplir sans artifices et presque naturellement. Dans nos pays submergés par la surabondance matérielle, ceux qui ont gardé les pieds sur terre ne sont pas légion. Et ceux qui sont en mesure d’apprécier quotidiennement la chance qu’ils ont de vivre en harmonie avec le rythme des éléments sont encore plus rares.

Pour avoir une chance de rencontrer ces spécimens en voie de disparition, ces gens qui se satisfont des choses ordinaires, le mieux est de se rendre dans nos campagnes, là où moins de 20 % de la population française réside désormais. Cet espoir de rencontre improbable nous traverse l’esprit quand nous retrouvons Julien Fournier dans son village natal de Gergy, en Saône-et-Loire. L’entrevue se déroule dans l’unique café de la petite localité qui borde les rives de la Saône.

 

Onze ares de robinier achetés À 19 ans

Dans ce décor suranné, notre interlocuteur nous dévoile ses motivations profondes. Et nous comprenons pourquoi Julien Fournier attache de l’importance à ce qu’il nomme la qualité de vie. Au fil de la discussion, cette notion va se préciser et nous allons entrevoir pourquoi la forêt est le point d’équilibre de l’existence de ce fils d’agriculteur. «Je suis né du bon côté de la Saône», lance-t-il. La distinction ne saute pas immédiatement aux yeux du profane. Les alluvions charriées par la rivière, qui prend sa source 300 km au nord-est, dans les Vosges, semblent recouvrir pareillement les deux côtés de son lit. «Sur la rive bourguignonne, les terres sont fertiles mais acides, ce qui occasionne, dans les zones les plus humides, des chênes parfois gélivés ou roulés», admet Julien Fournier. Ces singularités édaphiques ne l’ont pas empêché d’investir en forêt très tôt. Dès l’âge de 19 ans, le jeune homme achète sa première portion de bois, une parcelle de 11 ares de robinier faux-acacia. Comment expliquer cette précocité dans l’intérêt pour le patrimoine forestier ? Sans doute en se tournant vers l’histoire familiale du jeune homme. Car ce néo-sylviculteur a de qui tenir.

 

Un parcours éclectique

«J’ai toujours baigné dans l’environnement forestier. En complément de l’agriculture, mon grand-père et mon père, qui possédaient quelques parcelles de chênes, menaient une activité de gestionnaire forestier. Dès mon plus jeune âge, je les accompagnais dans les bois. » C’est ainsi que le garçon s’est fait la main en plantant, en débroussaillant, en martelant. Et la forêt est devenue une composante consubstantielle de sa jeune existence. Le parcours qui a suivi n’a pas toujours été une partie de plaisir. « Après un échec au bac S, je suis devenu pendant un an maçon-charpentier sur des chantiers de construction en Bourgogne.» À 18 ans, cela forme une jeune nature, et la nécessité de reprendre les études se présenta bien vite comme une évidence. «J’ai suivi la voie de l’apprentissage car je n’étais pas fait pour les cours académiques. » Celle-ci lui fera décrocher un bac Pro et un BTS en techniques forestières et en achat- vente de bois, puis une licence et un master 1 en «gestion-commerce, option négoce des bois ». À l’issue de ce solide cursus, Julien Fournier deviendra pendant cinq ans responsable du département « bois menuiserie » d’un grand distributeur régional de matériaux.

 

Dix-sept hectares en sept parcelles

Pendant toutes ces années où il aura engrangé des connaissances et multiplié les expériences, Julien Fournier continuera d’acquérir des parcelles de bois sur sa commune natale ou à proximité. «À l’âge de 30 ans, j’ai décidé d’accomplir ce que j’avais dans la tête depuis longtemps: vivre de ma passion en devenant gestionnaire forestier pour autrui.» Cinq ans plus tard, dotée d’un portefeuille d’un millier d’hectares en gestion, soit 10 propriétaires forestiers, sa petite entreprise individuelle se développe progressivement. De la rédaction de PSG à la commercialisation des bois, en passant par la maîtrise d’œuvre des travaux de reboisement et d’entretien, les activités sont variées. «Je propose à mes clients le même type de gestion que celui que j’applique à mes forêts.» En une quinzaine d’années, à force de pugnacité, Julien Fournier s’est en effet constitué un joli petit capital boisé. « Je possède actuellement une surface de 17 hectares de forêts constituées majoritairement de chênes et de feuillus divers, le tout réparti sur sept parcelles différentes, dont la principale occupe huit hectares d’un seul tenant. »

 

Transmettre un patrimoine

Ses premières acquisitions procédaient d’un défi à relever pour améliorer le peuplement existant. «Aujourd’hui, j’ai beaucoup évolué dans mon raisonnement. Je cherche des unités plus importantes, si possible contiguës aux miennes, pour le plaisir de gérer des surfaces plus conséquentes. » Dans sa démarche d’achat, Julien Fournier ne se précipite pas, il se laisse le temps de la réflexion, essaye d’analyser techniquement le dossier en évitant certaines influences subjectives. Le jeune Bourguignon se déclare adepte de la futaie irrégulière à couvert continu pour des raisons sanitaires et de biodiversité. «Les prélèvements que j’opère visent à travailler au profit des plus beaux sujets et à favoriser la régénération naturelle. Le but est aussi d’obtenir des revenus réguliers grâce à des peuplements qui tournent sur eux-mêmes sans coupes à blanc. »

Quand on demande à Julien Fournier pourquoi il est devenu si tôt propriétaire forestier, celui-ci invoque d’abord une forme d’atavisme très paysan pour le foncier. Il mentionne aussi la rentabilisation financière à long terme. «Mais désormais, mon but principal est de transmettre un patrimoine à mes deux filles, afin qu’elles bénéficient d’un petit capital en cas de nécessité. »

 

Bernard Rérat