PORTRAIT DE FORESTIER #4 Jean-Marc Nébout

Le 19/08/2020

Gardien et passeur des forêts familiales
 
La forêt lie les générations entre elles et enracine les hommes à leurs origines. C’est le cas pour Jean-Marc Nébout. Dans ses bois, il cultive une passion qu’il a su transmettre à son fils. Portrait d’un propriétaire forestier béarnais.

 

Jean-Marc Nébout a beaucoup voyagé. Sa carrière d’officier dans l’armée française l’a souvent missionné outre-mer. Mais il n’a jamais oublié d’où il venait. « Nous sommes béarnais. Mon grand-père était agriculteur dans le village où je réside.  Mon père, qui était enseignant, a conservé les terres familiales en les boisant et en agrandissant progressivement le domaine par achats successifs. » Le fils a suivi l’exemple paternel en continuant les acquisitions à proximité des biens de famille. « Aujourd’hui, je possède deux belles parcelles de bois et quelques poussières d’empire. » Sur une quarantaine d’hectares boisés, deux blocs principaux totalisent 30 hectares, le reste relevant de tenants épars, morcelés en une dizaine de parcelles.

 

L’éducation familiale a joué un grand rôle dans l’initiation sylvicole du futur propriétaire forestier. « Au moment de sa retraite, mon père s’est mis entièrement à la forêt. Bien plus tard, il a écrit un recueil de cinquante pages sur ses trente-cinq années de sylviculture .» Dès qu’il a été capable de tenir un outil entre ses mains, le jeune impétrant a accompagné son père pour le seconder dans les travaux d’entretien, les tailles de formation, les dépressages... C’est ainsi que l’on s’éveille à la chose forestière et qu’une passion se dévoile. L’apprentissage des techniques forestières se fera aussi par d’autres lectures. « À 10 ans, je lisais avec mon père le Bulletin de la vulgarisation forestière et, vers l’âge de 20 ans, je me suis abonné à Forêts de France, une revue qui m’a accompagné dans dix-neuf endroits différents à travers le monde. » D’une certaine façon, sa forêt le suivait à l’étranger. Son adhésion au Centre d’études et d’expérimentations forestières des Pyrénées-Atlantiques (CETEF 64) et une formation FOGEFOR compléteront ce solide cursus.

 

Partisan De l’ambiance forestière

Dans cette région du bassin de Lacq, les sols chargés d’argile se révèlent plutôt acides. Le maïs s’approprie les bonnes terres tandis que la forêt se contente des flancs de vallons. Les parcelles de Jean- Marc Nébout se caractérisent par une grande diversité d’essences : douglas, pins maritime, laricio et même insignis en résineux, chênes pédonculés, rouge d’Amérique, voire tulipier de Virginie... En Pyrénées-Adour, les peupliers sont bien évidemment également présents. Comme son père l’a fait avant lui, Jean-Marc Nébout initie son fils Jean-Philippe à la sylviculture et l’associe à la gestion du patrimoine boisé familial. « Nous concentrons la production de bois sur nos deux belles parcelles bénéficiant d’une ambiance forestière, de peuplements bien élagués et bien éclaircis. » Ailleurs et ponctuellement, le duo fera du peuplier de déroulage là où c’est possible, du robinier pour les piquets, du chêne rouge pour le chauffage. Le père et le fils disent vouloir aider la nature, privilégier la diversité d’essences, aller chercher les plus beaux sujets, faire des tailles de formation... Le propriétaire est un partisan convaincu de l’ambiance forestière. Il avoue être très mesuré vis-à-vis des techniques classiques de plantation de feuillus. « Je pense qu’il faut diminuer les densités et mieux utiliser le recrû naturel, les ligneux d’accompagnement.» La nouveauté ne l’effraie pas : les trognes ou arbres têtards, la permaculture intégrée à la sylviculture pourraient être, selon lui, des pistes d’exploration.

 

De la plantation à la commercialisation

Le Béarnais ne professe pas que de belles théories. Fort de ses origines rurales, il reste les pieds sur terre et prend plaisir, aidé de son fils, à exécuter lui-même la plupart des travaux d’entretien qu’exigent les parcelles. « Nous sommes capables de faire beaucoup de choses, de la plantation jusqu’à la commercialisation des bois. » L’ancien militaire détient tous les outils nécessaires : deux tracteurs, un treuil, une remorque-grue forestière, une fagoteuse, une fendeuse verticale et, bien sûr, plusieurs tronçonneuses. Tout ce qui peut faire un arbre d’avenir est élagué, le duo n’hésitant pas à émonder jusqu’à 6 mètres en vue de façonner une belle grume. « Nous croyons en l’élagage, 80 % de la valeur d’un arbre provenant de la bille de pied ! » Jean- Marc Nébout commercialise lui-même tous les produits issus de ses forêts : bois de chauffage ou d’industrie, piquets d’acacia, grumes à sciages, billons de déroulage... Le propriétaire connaît son affaire. Avant de commercialiser un lot, le Béarnais analyse le marché, se renseigne auprès de collègues et de techniciens forestiers, examine la mercuriale des prix des bois dans Forêts de France. « J’agrège toutes les données glanées ici ou là puis je me décide sur un acheteur, une façon d’exploiter, un mode de vente. Chaque adjudication est un cas d’espèces, je n’ai pas de religion, sauf celle de l’efficacité et de la liberté. Pour cela, il faut savoir, se former, s’informer... »

 

Savoir transmettre sa passion

La production de bois et les revenus financiers ne sont pas tout dans sa vie de forestier. Engagé comme vice-président du syndicat Fransylva Pyrénées-Adour et adhérent de l’ASL Forestière des Gaves, Jean-Marc Nébout milite pour que les propriétaires privés prennent leur destin en mains. «Les sylviculteurs sont les premiers écologistes de France et ils doivent le faire savoir.» À quoi sert la forêt, lui demande-t-on ? « C’est la base de la vie de l’homme, répond- il. La forêt nous donne la santé, elle nous procure de la sérénité, nous offre de beaux paysages.» Jean-Marc Nébout nous dit son amour des arbres et mesure le bonheur qu’il a de « faire son sport en forêt », c’est-à-dire d’y travailler avec son fils. Pour l’avenir, les questions ne manquent pas, en particulier celles liées au réchauffement climatique. « J’espère dans la capacité des chercheurs à nous trouver des solutions. Pour notre part, nous devons agir avec bon sens, installer par exemple du chêne pédonculé dans les bas-fonds humides et du rouvre sur les coteaux plus secs. Mais planter un chêne demande un suivi sur au moins trois générations...» De ce point de vue, Jean- Marc Nébout n’a pas trop de souci à se faire, il a su transmettre à son fils Jean-Philippe sa passion de la forêt.

 

Bernard Rérat