Forêt et forestiers > Forêt et changement climatique


Sécheresses des sols et canicules

Depuis 1900, on observe une hausse des températures, avec une augmentation particulièrement marquée depuis les années 1980. Sur la période 1959 – 2009, la tendance observée est d’environ +0,3°C par décennie. Depuis 1900, les températures moyennes ont augmenté de 1,7°C. Les trois années avec les températures moyennes les plus élevées ont été observées au XXIème siècle, respectivement en 2018, 2014 et 2011.

En outre, la saison de végétation des arbres est plus longue car la période froide de l’hiver dure moins longtemps, leur besoin en eau est donc globalement plus important pour une année. A cette hausse des températures s’ajoute, dans le sud-est de la France, une diminution de la quantité annuelle des précipitations et des phénomnes de pluies violentes qui ruissellent et érodent le sol.

Fragilité vis-à-vis des risques sanitaires

Les arbres fragilisés par des sécheresses à répétition sont d’autant plus sensibles aux attaques parasitaires. Une fois la pullulation enclenchée, même les arbres peu touchés par la sécheresse (en altitude par exemple), n’ont plus les moyens de se défendre face à l’intensité des attaques. Ex : les sécheresses de 2018 et 2019 ont déclenché une crise sanitaire massive sur les résineux dans le Grand-Est et en Allemagne. Les scolytes (insectes qui pondent et se développent sous l’écorce) provoquent la mort certaine des arbres.

Par ailleurs, le réchauffement est favorable aux insectes (expl : plus de génération de scolytes la même année ; moins de gel pour les faire mourir l’hiver, remontée de la limite Nord de la chenille processionnaire du Pin).

Enfin, les échanges commerciaux facilitent l’arrivée en Europe de pathogènes qui n’étaient pas présents et nos espèces, qui ont évolué en absence de ces parasites, n’ont aucune défense. Ex : chalarose du Frêne, nématode du Pin.


Risque incendie plus étendu

La sécheresse de la végétation augmente son inflammabilité. Depuis quelques années, les incendies surviennent plus tôt en saison ou dans des régions qui n’étaient auparavant pas à risque. Ex : Normandie, Centre…


Assister les peuplements en place


Face aux dépérissements liés au réchauffement climatique, les forestiers doivent redoubler de vigilance et de moyens pour adapter leur sylviculture :
•    Diagnostiquer l’avenir des arbres affectés, identifier et favoriser ceux qui vont pouvoir repartir.
•    Aider les arbres à gérer la pénurie d’eau, par des éclaircies bien dosées (pour limiter l’absorption d’eau par les arbres, tout en évitant l’explosion d’un sous-étage exigeant en eau).
•    Déterminer à plus petite échelle la réserve utile en eau du sol pour prévoir les zones à risque.
•    Favoriser certains mélanges d’essences favorables, car les espèces n’ont pas toutes le même type d’enracinement, les mêmes besoins, ni les mêmes capacités d’adaptation à la sécheresse.

Introduire des provenances ou des essences plus frugales

Il est difficile de se projeter 80 ans dans le futur ! Les scientifiques proposent différents scénariis climatiques et des modélisations mais l’évolution du climat est jalonnée d’événements extrèmes imprévisibles dans un sens comme dans l’autre (ex : les coups de froid printanniers vont continuer de subsister malgré le réchauffement global). Les forestiers doivent accélérer le processus naturel de migration des essences du sud vers le nord sans trop l’anticiper :
•    Identifier des provenances plus résistantes à la sécheresse, dont les graines pourront être utilisées pour produire des plants en pépinière. Les arbres ainsi plantés produiront plus tard des semences issues du brassage avec ceux qui sont présents aux environs.
•    Tester des essences en provenance de climats plus chauds (en arboretum, en forêt sur de petites surfaces), trouver des essences de climat « intermédiaire » avec une croissance et des caractéristiques mécaniques intéressantes.


Pour en savoir plus :

https://www.reseau-aforce.fr/n/nomades/n:426https://www.onf.fr/onf/forets-et-changement-climatique

Diversifier les productions pour limiter les risques

L’action des forestiers va aussi porter sur la diversification des principes de gestion au sein de leur forêt tout en variant les essences 
•    Gestion en futaie irrégulière des peuplements qui s’y prêtent ;
•    Implantations denses et régulières avec l’objectif de récolter des arbres moyens tant qu’ils sont en bonne santé, donnant des produits de moins grande valeur unitaire mais prisés pour la construction bois.
•    Implantation à densité modérée, avec des élagages, pour une croissance concentrée sur peu d’arbres et une production de gros bois de valeur.


Vigilance accrue vis-à-vis de l’écosystème

La meilleure connaissance du milieu et l’amélioration du matériel forestier permettent déjà d’avoir des pratiques plus respectueuses de l’environnement :
•    Préservation de la perméabilité des sols.
•    Préservation des capacités de minéralisation de l’humus et de nutrition des arbres (insectes du bois mort, mésofaune du sol, champignons et bactéries).
•    Préservation de la biodiversité pour une meilleure résistance aux ravageurs (Ex : oiseaux et insectes prédateurs) et une meilleure résilience face aux aléas (Ex : maintien d’essences de remplacement même improductives mais participant à l’état boisé).


Les 3 Secrets de la forêt et du bois (3 S)

•    
Séquestration du CO2 en forêt
La forêt séquestre du CO2 à la fois dans la biomasse (bois, racines, branches, feuilles) grâce à la photosynthèse (captation de CO2 et d’eau, rejet d’O2, production de matière organique) et dans le sol (matière organique issue de la dégradation de la litière).

Le carbone stocké dans les sols forestiers sous forme de matière organique partiellement dégradée et immobilisée est plus important en quantité que le carbone stocké dans la biomasse aérienne (bois, feuilles…). Le carbone du sol est relativement ancien et stable. Cependant, la biomasse aérienne stocke annuellement plus de carbone que le sol forestier : l’accroissement des arbres non récolté constitue un puits de carbone (70Mt de CO2 par an).

•    Stockage dans les produits durables en bois (constructions en bois, parquets, charpente, mobilier...).

Le bois contenu dans nos bâtiments est un stock de carbone durable. On estime le stock total des produits bois en France à environ 340 Mt eq.CO2. Ce stock augmente chaque année, car la constructions bois, y compris de grande hauteur, prend de l’ampleur. Ex : en 2013, il a gagné de 2,52 Mt eq. CO2.

•    
Substitution par le bois de matériaux énergivores et d’énergies fossiles.

L’usage du bois comme matériau et comme énergie permet d’éviter de libérer du CO2 dans l’atmosphère. En effet, le bois est renouvelable (les forêts poussent), c’est une ressource de proximité dont la transformation est peu impactante et qui est recyclable. La substitution par le bois évite beaucoup d’émissions : 33 MtCO2 eq/an évitée grâce au bois matériau, 9 MtCO2 eq/an grâce au bois énergie.


Les conditions naturelles et économiques de la contribution

Nos forêts et notre filière bois peuvent contribuer à l’atténuation du réchauffement à certaines conditions :
•    Des forêts maintenues en bonne santé et productives ;
•    Des forestiers vigilants et soutenus (recherche, emplois en forêt, moyens en cas d’aléas) ;
•    La valorisation économique des diverses essences existantes.